Evangelion 1.0 You are (not) alone : manière(s) et manièrisme.
Ca y est! j'ai enfin pu voir le nouveau film adapté de la grande (très grande) série Neon Genesis Evangelion . Rappel rapide du programme : Après une grande (très très grande) série à la fin pour le moins énigmatique, Anno (créateur de ladite série) réalise 2 films pour répondre aux exigeces des fans : Death & Rebirth (montage assez aléatoire d'1h30 reprenant des bouts de la série sans vraiment répondre aux questions posées sur le pourquoi du comment de l'histoire, et surtout sur l'interogation qu'est encore la fin de la série)) et The End of Evangelion (bien meilleur, celui-ci reprend ce qui se passe durant les 2 derniers épisodes de la série qui sont très éloignés, en apparence, du reste de la série). Ainsi, on avait le droit à un échec (Death & Rebirth. En même temps comment condenser une série particulièrement dense et longue en 1h30?) et une très grande réussite (The End of Evangelion, voir ce que j'en ai dit rapidement dans sa critique). Par la suite, Anno s'attaque au projet Rebuilt of Evangelion (la reconstruction), tétralogie sensée expliquer enfin le pourquoi du comment de la série. You are (not) alone est donc le premier volet de cette entreprise, et il nous conte, en 1h30, les 6 premiers épisodes de la série. Alors, de quel côté balance le film, de celui de la mort et de la renaissance (même objectif, résumer une partie de la série) ou du côté de la fin (même principe, un autre regard sur une courte partie de la série)? Et surtout, Anno ne trahit-il pas en livrant un remake facile dans le seul but de faire de l'argent (le cynisme artistique c'est tabou!)?
Forcément, au début un tel projet fait peur, car les 6 premiers épisodes sont de loin ce qu'il y a de moins interessant dans la série si on les prend à part (les regarder en connaissant le reste est bien meilleur, car on se rend compte de l'horreur du spectacle). Alexandre (Zorro pour les habitués de Polaris) se souvient sûrment comme je résistais pour ne pas regarder Evangelion au début d'ailleurs, alors qu'aujourd'hui j'assume mon addiction. En effet, à ce moment une routine s'installe dans la série (et le plus interessant dans une routine, c'est quand elle est rompue, ce qui arrive avec l'épisode 8 et l'apparition du duo Asuka / Kaji, qui à lui seul contient facile les trois quarts du tragique de la série), et les personnages ne montrent pas encore leur complexité : en effet, dans la série cette dernière vient du fait de l'héritage traumatique de tous les personnages (la folie puis le suicide de la mère d'Asuka, la mort de sa mère puis son abandon par son propre père pour Shinji, la mort de sa femme pour Ikari etc ... et le 3ème impact en général pour tous les personnages), et des relations ambigus entre ces derniers (le couple Asuka / Shinji surtout). Ainsi, il est clair qu'en adaptant les 6 premiers épisodes avec plus ou moins de fidélité, il est impossible pour Anno de produire un récit au moins aussi interessant que celui de la série. Il lui reste donc plusieurs solutions : soit adapter son propre récit de façon à en produire un interessant, c'ést à dire tuer l'ancien pour le faire renaître différent (Death & Rebirth, le nom est à bannir), soit à déplacer le centre d'interet.
Or, on peut qualifier la série de série schizophrène, car en effet 2 genre y cohabitent : une série sur les relations humaines et la psychologie des personnages, mais aussi une série de Mecha, c'est à dire avec des robots et des gros monstres qui se foutent sur la gueule. Or, cette dernière partie est loin d'être la plus interessante dans la série : et c'est donc le pari artistique de ce film : transformer une série totalement culte sans brusquer les fans. Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce pari fou est relevé haut la main. En effet, la série tend presque vers le thriller (j'ai pas envie de dire film d'action, désolé), et chaque scène montre une véritable inspiration, mais aussi une exploration graphique de la part de Anno : les couleurs sont magnifiques, tout commes les lumières, les effets (les reflets dans l'oeil de Ristuko, magnifique) etc. ..... Tristan va me tuer pour la comparaison, mais j'ai vraiment envie de dire que j'ai pensé à Barry Lyndon face à ce magnifique spectacle. Mais j'ai aussi pensé au très récent dyptique sur Mesrine de Richet : le 1er volet ne cherche pas à être une grande exploration psychologique des personnages, mais juste un récit brillament mis en scène (c'est énervant tous ces génies de mise en scène, rendez nous Roland Emmerich!!) avec toutefois des élèments, des prémices, de ce que sera la suite : en effet, L'instinct de mort était "juste" un polar au style très prononcé avec pas énormément d'expliquations sur son personnage principal, tandis que sa suite, l'ennemi public n°1, arrivait, tout en gardant un style très fort, à présenter une très interessante réflexion autour du personnage (surtout dans son rapport au communisme). Ainsi, on a le droit à surtout des scènes brillament (je me répète mais je le dirai jamais assez) mises en scènes, avec toutefois quelques éléments de réflexions issus de la série (la ram de métro vide, encore et toujours).
Ainsi, tout le travail de Anno pour ce film est de reformer en mieux ce qu'il a déjà fait : il se rattache donc au manièrisme (comme mon Brian de Palma adoré l'avait déjà fait par rapport au travail d'Hitchcock) en retravaillant un matériau du passé (le sien), afin de le transcender sans trop s'en éloigner. Or, il devient dès lors impossible de parler de trahison, car c'est après tout ce qu'il a toujours fait avec la série : d'abord, en s'appropriant un genre (le mécha) afin de greffer dessus sa propre vision sur plein de choses (ok on a vu plus précis), ce qui a donc crée Evangelion, puis en détruisant et recréant son travail (Death & Rebirth de son propre récit), en modifiant la forme mais pas le fond de la fin de ce récit (The End of Evangelion) et maintenant en faisant prendre au début de sa série un chemin différent mais sûrement pas moins interessant : ainsi, il reprend sa propre oeuvre et la retouche, la sublime et au final la polie jusqu'à la faire briller (autant par sa qualité que par sa luminosité très forte). Il profite aussi de ses gargantuesques moyens pour augmenter l'impact de son travail : la NERV est plus puissante, les forces des Nations Unies sont plus nombreuses, et la 1ère scène est enfin vraiment impressionante. Je sais pas si il remettra son ouvrage 100 fois sur le metier (au bout de la 15ème fois ça deviendra peut etre un peu lourd) mais pour l'instant moi je vais pas me plaindre.
Néanmoins, le film est grand mais pas parfait : si on appreciera la réecriture plutot intelligente, on pestera sur la disparition de 2 magnifiques scènes essentielles selon moi : la scène de la gare (réduite et délocalisée à l'école, on perd la très belle musique) et la scène où Kensuke s'amuse à jouer la guerre, en face de Shinji qui lui la fuit. On perd aussi au niveau de la musique : on retrouve certaines musiques de la série (les combats, misato theme) mais on perd Cruel Angel Thesis (mais le nouveau thème, beatutiful world est tout de même très agréable ma foi) et surtout Namida (alors que la scène où Shinji sauve Rei est encore présente) et Komm SUesser Tod me manque (bon ok elle apparait pas dans la série mais dans The end of Evangelion). On notera aussi quelques détails moins graves : le violet de l'EVA 01 va pas très bien avec le vert fluo, on peut facilement perdre un quart de dioptrie à chaque oeil et beaucoup à chaque oreille après le film (non! c'est pas de la dyoptrie qu'on perd au oreilles! suivez un peu bon sang!) etc....
En bref, malgré quelques petits défaults, le film est vraiment essentiel pour tout fan d'Evangelion (je le conseille moins à néophytes qui ne capteront pas la vraie essence de la série via ce film), car brillante relecture et remise en scène d'un matériau déjà génial. Film aussi brillant que la série elle-même, et belle réponse esthètique à la psychologie tristement austère parfois de la série.
Vivement la suite, et surtout vivement la fin (les 8 derniers épisodes de la série : incroyable).
5/5 Un exercice de style passionant et une relecture intelligente du début de la série.
